Végétarien, végétalien, végane… pourquoi?

Je commence une nouvelle catégorie intitulée « Nouveaux mondes » pour parler des alternatives à nos modes de vies actuels, qui ne sont soutenables à aucun point de vue. Ce nom peut paraître à première vue un peu pompeux mais il me semble que de nouveaux mondes sont en marche, nouveaux mondes au pluriel tant je suis persuadée que les initiatives de changement sont et seront plurielles, locales et créatives. La catégorie se structurera au fil des articles, et s’ouvre aujourd’hui avec une réflexion sur l’alimentation, qui me tient à cœur et qui a – j’en suis maintenant persuadée – un impact énorme sur des problématiques aussi cruciales que la déforestation ou la faim dans le monde.

Dans cet article je souhaite simplement partager mon expérience et proposer quelques pistes de réflexions.

En fait, jusqu’à l’année dernière, je n’avais jamais vraiment remis en question le contenu de mon assiette. Certes, j’étais déjà sensibilisée à l’achat bio et local, mais j’avoue que je pensais à l’époque que les végétariens et en particulier les véganes le devenaient surtout pour défendre et protéger les animaux. Pour ma part, j’ai toujours mangé de tout. J’aime (ou plutôt j’aimais) un bon steak de bœuf saignant et la charcuterie, sans cependant en manger beaucoup. Alors que je me posais pas mal de questions l’année dernière sur mon mode de vie, je suis tombée sur un documentaire qui m’a fait l’effet d’un électrochoc : Cowspiracy.

cowspiracy

Le documentaire suit le parcours du réalisateur, Kip Andersen, qui cherche par tous les moyens à réduire son impact environnemental, après avoir vu « Une vérité qui dérange » d’Al Gore. Il adopte les petits gestes du quotidien que nous connaissons tous. Cependant, cela ne lui semble pas suffisant et il poursuit ses recherches. Il découvre alors des chiffres des Nations Unies qui incriminent l’élevage industriel comme la cause n°1 des gaz à effet de serre, dépassant même la pollution produite par tous les transports réunis.

Il constate plusieurs choses: déjà il faut de grandes quantités d’eau et de fourrage pour abreuver et nourrir l’animal d’élevage. Par ailleurs, pour produire ce fourrage, il faut aussi de l’eau et des terres, où faire pousser le soja et le maïs destinés au bétail. Comme la demande mondiale de viande est de plus en plus forte, notamment de par la croissance démographique et les changements de régime alimentaire de grands pays à la croissance économique forte comme la Chine et l’Inde, il faut de plus en plus de terres pour satisfaire la demande… ce qui se traduit par la déforestation et l’accaparement des terres de petits paysans. Ce serait même la première cause de la déforestation de la forêt amazonienne, qui n’est pas surnommée poumon de la planète seulement par pure poésie.

Par ailleurs, les déjections des animaux polluent les sols, l’eau et in fine l’océan (cf. les algues vertes en Bretagne…). Le documentaire s’attarde aussi sur la destruction de notre environnement marin (pollution, surpêche) et la cruauté de la pêche au chalutier puisque pour un kilo de poisson, 5 kilos d’autres animaux marins sont pêchés et meurent sur le bateau avant d’être remis à la mer.

C’est sans compter la cruauté des abattoirs. Cruauté envers les travailleurs qu’on a tendance à oublier (boulots à la chaîne, dans le froid, à tuer ou découper de la chair toute la journée). Sur ce thème, allez voir le documentaire « Entrée du personnel » de Manuela Frésil. Ci-dessous la Bande d’annonce:

Et puis évidemment cruauté envers les animaux. Il n’y a pas besoin d’être un grand scientifique pour se rendre compte qu’un animal est un être sensible, qui peut ressentir plaisir et douleur. Nous le savons et sommes pleins de contradictions puisque nous chérissons chats et chiens, en leur donnant le statut de membre de la famille, et mangeons cochons, vaches, poulets. Et puis, faut-il manger du lapin? du cheval? Ne serait-ce pas plus logique de manger de tout, du cochon comme du chat? Ou à l’inverse de ne manger aucun animal? Nous nous sommes imposés comme le plus grand prédateur de la planète et soumettons la nature au gré de nos envies. A l’évidence, cela est un échec et cela nous invite à repenser notre place dans le règne animal avec plus d’humilité. Devons-nous tuer par nous-mêmes les animaux que nous voulons manger? Passer par des circuits courts? Manger de la viande bio et local? Ne pas en manger du tout? Cela pose la question de savoir s’il existe une façon éthique de tuer des animaux pour notre consommation et surtout de savoir si cela est justifié. C’est un débat auquel je n’ai pas de réponse, même si j’aurais tendance à dire qu’il peut être justifié de manger quelques animaux mais certainement pas d’en tuer autant comme nous le faisons aujourd’hui. Sur cette question, je vous encourage à écouter l’émission de France culture « Manger des animaux, est-ce inhumain? ».

D’ailleurs, on sait aujourd’hui que nous avons la capacité de nourrir 9 milliards d’habitants… mais pas 9 milliards d’habitants qui mangent de la viande deux à trois fois par jour. Dans de nombreux pays, des gens souffrent de faim et de malnutrition alors que des terres fertiles sont utilisées dans leur pays pour produire du soja ou du maïs qui servira à alimenter les animaux d’élevage!

Vous trouverez plus de  chiffres via l’infographie du site de Cowspiracy. Je vous conseille aussi l’excellente série intitulée « Pourquoi végane? » du blog d’Antigone XXI, qui passe en revue les aspects importants: la planète, les animaux, les humains, la santé. L’infographie qui suit est tirée de son blog:

 

eau-aliments

Au fur et à mesure de son enquête, Kip Andersen se rend compte de la puissance des lobbys de l’élevage industriel et des risques que l’on prend quand on cherche à dénoncer ou s’opposer à l’élevage industriel. Au Brésil, des dizaines de défenseurs de l’environnement et de l’Amazonie sont assassinés chaque année. Par ailleurs, il se demande pourquoi les grandes organisations environnementales type Greenpeace n’abordent pas le problème… et se heurte à un scandaleux mur de silence. Kip Andersen se rend compte qu’il a touché un sujet sensible et ses financements sont coupés sur décision de ses sponsors.

La conclusion du film est un peu rapide et se résume à « go vegan! », le réalisateur lui-même décidant d’adopter un mode de vie végan. Cependant, le documentaire a au moins le mérite de remettre en question profondément notre alimentation. En tout cas, ça a marché pour moi! Après avoir visionné le documentaire, j’ai décidé de bannir la viande de mon alimentation pour un moment.

En me plongeant dans cette problématique, j’ai précisé ma connaissance des différents régimes alimentaires, tels que:

Végétarien: ne mange pas de viande, ni de fruits de mer.

Végétalien: ne mange aucun produit provenant des animaux (ce qui inclut le miel, le fromage, les œufs, etc.)

Végane: plus qu’un régime alimentaire, c’est un mode de vie. Le végane ne consomme aucun produit provenant des animaux (donc adieu chaussures en cuir et pull en laine, mais aussi adieu cirques, zoos, safaris)

Crudivore: ne mange que des fruits et légumes crus (oui, ça existe!). Si ça vous intéresse allez voir le documentaire sur Irène Grosjean ici.

Locavore: privilégie ce qui a été produit et fabriqué près de chez lui

jesus vegan

Trop d’étiquettes tuent-elles le but premier de l’étiquette? Peut-être! Maintenant, on parle même de « fléxitariens » pour désigner ceux qui mangent de la viande de temps en temps seulement. Les étiquettes sont importantes pour définir et défendre des causes, mais – à mon humble avis – avoir trop d’étiquettes différentes peut sembler excluant et trop compliqué, et finalement desservir la cause première…

Ainsi, les végétariens et véganes passent trop souvent pour des gens aigris, pénibles, hippies, qui se privent, alors que pas du tout. La majorité sont des bons vivants et cherchent justement à promouvoir et respecter ce qui est vivant. Simplement, leur façon de s’alimenter remet en question celle des autres, et indirectement beaucoup se sentent jugés pour le fait de manger de la viande, d’où parfois des réactions de rejet, de mépris ou simplement d’incompréhension. Moi-même j’ai reçu des remarques traduisant de la peur (« tu ne vas pas devenir une végane extrémiste quand même! ») ou de la moquerie (« t’es une hippie en fait! » ou encore « ah oui c’est vrai que tu manges rien toi ») alors que je n’ai jamais critiqué ou fait de remarques à personne pour le fait de manger de la viande. Donc l’important à mes yeux est de ne pas juger (et ça va dans les deux sens), car c’est toujours contre-productif.What-Vegans-Eat-Really

En pratique, pour pouvoir remplacer la viande et cuisiner des plats équilibrés, j’ai dû me renseigner, écumer les sites et blogs spécialisés, et j’ai découvert plein de nouvelles choses: amarante, flocons de quinoa, graines germées, levure de bière maltée, tofu, seitan, lentilles de toutes les couleurs, champignons plein de protéines, et j’en passe.

Bref, j’ai banni la viande de mon quotidien et j’ai fait plusieurs constats:

  • ça n’a pas été très difficile puisque je ne mangeais pas beaucoup de viande à la base. L’aspect le plus difficile reste les invitations et les sorties. Je sais qu’en France les choses évoluent vite mais ici beaucoup de gens ne conçoivent pas qu’on puisse ne pas manger de viande (ni de riz, ni de soupe au déjeuner d’ailleurs). Dès le petit-déjeuner, beaucoup mangent au moins des œufs, et même de la soupe de côte de bœuf ou de la viande frite. A Bogota cependant, j’ai toujours le choix. De nombreux restaurants ont des options végétariennes, mais dans la campagne, je me retrouve à manger beaucoup trop de farine: plantain, riz, manioc, etc., la salade se résumant à une feuille de laitue, un bout de tomate et une rondelle d’oignon.
  • ça ne manque pas du tout, au contraire, ça a une tendance croissante à me dégoûter, chose inattendue.
  • je me suis améliorée en cuisine et j’ai testé des recettes, parfois avec succès, parfois non.
  • j’ai découvert le monde des protéines végétales, du calcium végétal, du fer végétal, etc. bref je suis plus calée en nutrition depuis que je ne mange pas de viande.

protein everywhere

Face à l’urgence climatique que nous vivons, je suis maintenant convaincue que les régimes alimentaires à dominante végétarienne ou végétalienne sont l’avenir et que nous allons tous devoir nous y mettre un jour ou l’autre (surtout les citadins qui ne pourront pas élever leurs propres animaux?)

Au final, je pense que l’important est de manger en conscience  (d’où ça vient? comment ça été produit?) et toujours en se faisant plaisir évidemment! Pour moi qui aime cuisiner et manger sans me priver, il n’est pas question de devenir ma propre police végane. Un poulet élevé dans votre jardin ou par l’éleveur du coin, pourquoi pas! Moi même, j’ai appris mes limites: au quotidien j’ai un régime végétarien voire végétalien, mais quand je veux me faire plaisir au restaurant ou en bord de la mer, je ne dis pas non aux fruits de mer. J’ai toujours beaucoup aimé ça. Nos habitudes alimentaires nous viennent aussi de la famille, de l’enfance, et c’est sûrement pour cette raison qu’il est si difficile de les remettre en question.

Si ça vous tente, vous pouvez déjà réduire votre consommation de viande, c’est un bon pas. Dans ce cas, je vous conseille de lire le guide du végétarien débutant de l’association végétarienne de France, qui donne de bons conseils pour débuter.

Dans cette transition, beaucoup de blogs et autres sites de recettes se révèlent très utiles et c’est aussi pour ça que je publie quelques recettes végétariennes et végétaliennes sur ce blog, faciles à réaliser au quotidien et accessibles à tous. Alors à vos popotes et bon appétit!

Publicités

2 réflexions sur “Végétarien, végétalien, végane… pourquoi?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s