Randonner en paramo autour de Bogota

Depuis mon arrivée en Colombie, j’ai fait une bonne dizaine de marches organisées par différents groupes de randonneurs. Dans cet article, je voudrais me centrer sur les paramos. Kesako? C’est une zone de haute montagne tropicale (entre les 2.800 et 4.000 mètres d’altitude), unique par son écosystème et ses plantes séculaires: lychens, fougères,  frailejones et mousses.  Souvent troué de lagunes, il pleut quasiment en permanence dans les paramos, qui constituent d’immenses réserves d’eau douce. Traversée par les trois cordillères des Andes, la Colombie compte de nombreux paramos et Bogota est un bon point de départ pour organiser des randonnées dans ces zones reculées. Je vous propose un retour de mon expérience et quelques conseils pour ceux qui vivent à Bogota et souhaitent découvrir ces endroits incroyables.

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Le premier paramo que j’ai eu l’occasion de connaître, c’est le paramo de Sumapaz, au sud de Bogota. Il faut savoir que les hautes montagnes, et donc les paramos, ont été (ou sont encore) des zones de présence des guérillas. Il y a beaucoup de zones inaccessibles pour des raisons de sécurité, et les randonnées à Sumapaz sont proposées au public depuis peu de temps seulement du fait du recul des acteurs armés dans cette zone.

On peut en comprendre l’intérêt stratégique: difficile d’accès, il est facile de s’y perdre sans guide, car il vente et pleut beaucoup, et parfois on n’y voit rien… précisément comme ce jour de randonnée,  pendant lequel une pluie fine et permanente nous a glacé les os pendant quatre heures. ça a son charme, sauf si comme moi, vos chaussures et vêtements ne sont qu’à moitié imperméables. D’ailleurs, après cette rando, je me suis empressée d’investir dans des bonnes chaussures. Malgré ça, je garde un super souvenir de cette randonnée: c’était beau de voir la brume se lever et de découvrir les dizaines de lagunes du paramo.

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Il n’en reste pas moins que mon premier conseil serait: bonjour cape de pluie, ciré, chaussures imperméables, voire bonnet et gants.

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Et voilà le fameux frailejon, cette plante emblème des paramos, que l’on trouve seulement au Venezuela, en Equateur et en Colombie, et qui pousse de quelques centimètres à peine par an! C’est une plante aux feuilles douces comme une oreille d’ours (même si je n’ai jamais touché d’oreille d’ours, c’est l’image que je m’en fais).

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Le tapis de mousse spongieux, retenant l’eau du paramo.

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Et un rayon de soleil pour la descente!

Le paramo, c’est tout ou rien: soit vous êtes trempés, soit vous avez trop chaud. C’est ce qui nous est arrivés au paramo et lagune d’Iguaque, près de Villa de Leyva. Il y avait un soleil exceptionnel. Mon deuxième conseil serait donc: n’oubliez pas crème solaire, lunettes de soleil et chapeau, car à plus de 3000 mètres d’altitude, ça rigole pas niveau UV. Le soleil pique chaque pore de peau découvert.

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Un frailejon centenaire!

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En pleine montée, un panneau nous prévient de notre entrée dans la zone de « sous-paramo », par ces quelques phrases rassurantes: « Tu auras observé un changement dans le paysage, le bois est désormais « nain » et il est plus difficile de respirer. Si tu sens que tu vas t’évanouir, c’est le moment de faire demi-tour, sinon prends de l’air et prépare toi à escalader… » Nous avons bien tenu le choc et nous nous sommes émerveillées face au panorama:

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Vous l’aurez compris, le paramo, ça se mérite. C’est un milieu hostile, où notre corps est constamment mis à l’épreuve par l’altitude, le climat, l’ingratitude des montées et des descentes traîtres. Mais l’effort est récompensé par le côté mystique, ancestral, par cette impression de découvrir une des origines du monde: ces montagnes inhospitalières où on n’entend pas un seul oiseau chanter, et où résistent seulement des plantes dinosaures qui s’exercent à la patience depuis des siècles.

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Le week-end dernier, je suis allée au paramo de Guatanfur, près de la lagune de Guatavita. Ce paramo ne fait pas partie des parcs nationaux officiels, et est donc plus menacé que les autres par diverses activités humaines, dont la minerie.

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En ce moment à Bogota (et dans toute la Colombie) on souffre du phénomène del Niño, et plus généralement du réchauffement climatique, qui provoquent une sécheresse et des pics de chaleur importants, et j’ai pensé m’échapper le temps d’une journée dans le froid et l’humidité du paramo… et bien raté! Grand ciel bleu et soleil cuisant. Le point positif c’était la vue dégagée sur la montagne. C’est aussi là que j’ai vu les plus hauts fraijelones que j’ai pu voir jusque là:

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Un autre conseil: ne vous aventurez pas tout seul en paramo, sauf dans les cas où le chemin est extrêmement bien balisé (comme le paramo de Iguaque). Sinon ce n’est pas la peine de vous y risquer.

Il existe des groupes de randonneurs, qui se sont donnés pour mission de guider tous les curieux et de faire découvrir les paramos pour sensibiliser les citoyens à leur importance environnementale. Comme le disait notre guide le week-end dernier: c’est important que les gens viennent voir les paramos, pour ensuite les défendre, car, de nombreux projets de minerie et d’agriculture menacent la viabilité de ces espaces uniques (notamment en coupant les frailejones et contaminant les eaux, qui approvisionnent tout Bogota).

Si vous habitez ou êtes de passage en Colombie, en particulier à Bogota, et que vous aimez marcher, ne loupez pas une rando dans les paramos! En général, il faut compter 4 à 5h de marche (montée+descente).

Voilà quelques associations qui organisent des randonnées quasiment toutes les semaines et que vous pouvez contacter (leur programmation et modalités d’inscription se trouvent sur leur site) :

  • Caminantes del Retorno

Page web: http://www.caminantesdelretorno.com/

Prix: entre 50 et 60 mil pesos la randonnée

Les + : Groupe très professionnel et bien cadré.

Les – : le groupe avance à un rythme lent-modéré qui peut frustrer les grands marcheurs (perso, je trouve ce rythme très bien) et on avance à la queue leu leu sans trop d’espace par moments entre les randonneurs, ce qui peut être aussi frustrant.

  • Sal si puedes

Site web: http://www.salsipuedes.org/

Prix: 45 mil pesos la randonnée

Les + : plus de liberté et d’espace entre les randonneurs.

Les – : certains guides, pourtant entraînés, n’agissent pas de manière responsable. C’est mon avis personnel mais j’ai aussi eu des retours négatifs d’autres randonneurs qui n’ont pas apprécié certains guides. Si vous vous inscrivez, demandez qui est le guide et partez avec Hilda, qui est une valeur sûre.

Autres groupes sur Facebook, qui organisent des randos à prix réduit:

  • Re-Korridos
  • Caminatas al aire libre
  • Caminante IDRD
  • Caminatas Ecologicas Senderos de los Andes
  • Caminatas Ecologicas Bogota

Bonne marche!

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3 réflexions sur “Randonner en paramo autour de Bogota

  1. Super les photos des paramos. Tu as cumulé déjà pas mal de kms sur les montagnes colombiennes. Bravo !
    Les frailejones sont des plantes superbes. J’aime la comparaison que tu fais avec les oreils d’un ours.

    J'aime

  2. Pingback: Découverte du sud de la Colombie: Cauca y Nariño | le poulpe inquiet

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